Se soigner en regardant les plantes, fantasme ou réalité ?

Saviez-vous que le simple fait de regarder des plantes, même quelques minutes, est bon pour votre santé ?

Cette croyance intuitive est à l’origine des parcs et autres jardins qui embellissent nos cités depuis des siècles, mais aussi de notre besoin plus récent d’agrémenter nos habitats de plantes vertes. Les chercheurs s’intéressent depuis longtemps aux raisons qui permettraient d’expliquer pourquoi la vue de végétaux est une source de bien-être pour l’homme.

Les premiers à s’être penchés sur la question sont des chercheurs en sciences sociales qui ont émis l’hypothèse que nous apprenions de notre propre culture à « aimer » les plantes. Mes ainés aiment les plantes, j’aime les plantes ; simple mais logique. Un peu comme une sorte de conditionnement par la culture. De récents travaux mêlant psychologie, physiologie et neuroscience ont permis d’émettre une autre hypothèse, mais aussi et surtout d’appréhender l’impact visuel des plantes sur la santé humaine.

La théorie qui prévaut actuellement avance que durant 2 millions d’années les populations ont évolué dans des espaces ouverts, où les masses de végétation représentaient une source de nourriture et d’eau, mais aussi une protection et un abri. Voilà pourquoi, au niveau de notre inconscient, la plante signifie toujours une chance accrue de survie.

Cette affinité pour la nature, qui est partiellement génétique, a été intitulée biophila par Edward Wilson (Wilson, 1984), et explique que l’homme moderne répond de manière particulièrement positive à la vue des végétaux, car ces derniers ont longtemps favorisés le bien-être et la survie des premiers hommes. Confrontés à de multiples menaces, nos ancêtres subissaient quotidiennement un stress psychologique épuisant. Les masses de végétation, en fournissant une zone sécurisée leur offraient un moyen de réduire rapidement ce stress et de se recharger en énergie physique ce qui leur permettait d’augmenter leur chance de survie. Comme une relique de l’évolution, l’homme a conservé cette sensibilité vis à vis des plantes qui aujourd’hui encore sont sources de récupération face au stress.

Pour démontrer ce bénéfice pour la santé, il est nécessaire de définir au préalable la notion de stress. Il est généralement appréhendé comme un processus de réponse à une situation qui est exigeante, qui présente un défi ou qui menace le bien-être (Evans and Cohen, 1987). Selon l’intensité et la durée du stress, de nombreuses manifestations négatives peuvent se produire que l’on regroupe en trois grandes catégories :

– manifestations psychologiques: sentiments d’anxiété ou de tension, dépression, colère.

– manifestations physiologiques: tension artérielle accrue, muscles tendus, production des hormones du stress (e.g.,
épinéphrine), fonction immunitaire supprimée.

– manifestations comportementales: manque de sommeil, éclats verbaux ou autres formes d’hostilité, alcool, abus de médicaments, performance réduite en ce qui concerne les tâches nécessitant une réflexion.

Comme cette liste de symptômes bien étayée le présume, le stress est associé à des effets clairement préjudiciables pour le bien-être psychologique, la performance et la santé.

Les réponses physiologiques liées à la récupération après un stress se mesurent au niveau de la conductivité de la peau, de la tension musculaire, de la durée de transit de la pulsation (une mesure qui est fortement liée à la tension artérielle systolique), de la pression artérielle et du rythme cardiaque. Tous les résultats issus des expériences visant à mesurer la récupération après un stress montre que celle-ci est plus rapide et plus complète lorsque les personnes regardent de la végétation verte. En moins de cinq minutes d’exposition, une récupération significative est mesurable au niveau physiologique et s’accompagne d’une augmentation des impressions positives, d’une baisse des sentiments négatifs, et d’un niveau d’attention plus élevé (Ulrich et al, 1991 ; Kaplan, 2001 ; Hartig et al, 2003 ; Nielsen and Hansen, 2007 ; Mitchell and Popham, 2008).

La rapidité de cette récupération soulève la possibilité que même des contacts visuels relativement brefs avec les plantes sur le lieu de travail, à la maison et dans d’autres lieux urbains pourraient être bénéfiques pour lutter contre les effets nuisibles du transport, de la pression au travail et d’autres facteurs de stress que la plupart des habitants des villes rencontrent tous les jours. 
En conclusion, prendre le temps de regarder des plantes améliore notre état d’esprit aussi bien que notre santé.

Références:

-Evans, G. W., and Cohen, S. 1987. ‘‘Environmental stress,’’ in Handbook of Environmental Psychology, edited by D. Stokols and I. Altman Wiley, New York, pp. 571–610.

-Ulrich, R.S., Simons, R.F., Losito, B. D., Fiorito, E., Miles, M. A. and Zelson, M. 1991. Stress recovery during exposure to natural and urban environments. Journal of Environmental Psychology 11: 201-230.

-Kaplan R. 2001. The nature of the view from home: psychological benefits. Environment and Behavior 33: 507-542.

-Hartig, T., Evans, G.W., Jamner, L.D., Davis, D.S., Garling, T. (2003). « Tracking Restoration in Natural and Urban Field Settings. » Journal of Environmental Psychology 23(2): 109-123.

-Nielsen T.S., Hansen K.B. 2007. Do green areas affect health? Results from a Danish survey on the use of green areas and health indicators. Health and Place 13(4): 839-850.

-Mitchell R., Popham F. 2008 Effect of exposure to natural environment on health inequalities: an observational population study. The Lancet 372(9650): 1655-1660.

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